novembre 02, 2006

Chronique d'une délocalisation annoncée.

Thème : Une usine va fermer.

Un reportage de zone interdite à voir dimanche à 20 heures 50' sur M6. L'usine Olympia de Romilly-Sur-Seine vient d'annoncer un plan social avec 169 licenciements. La production sera délocalisée en Roumanie.

Pour aller plus loin : un numéro de la revue Ethnologie française a été consacré aux Fermetures, crise et reprise en 2005.

"Seule la cessation effective des activités porte le coup fatal et douloureux. Jusque-là, la fermeture apparaît comme « chronique », telle une maladie, habite les personnels qui nient cette destinée, malgré l'épée de Damoclès. « Nous aussi, nous mourions sans réellement l'admettre, sans que la communauté entière s'en aperçoive et qu'elle en prenne acte, à petit feu depuis des années[] Nous étions des morts en sursis, ces hommes et femmes suspendus à une fin programmée, [] », témoigne une ancienne ouvrière de chez Moulinex [Magloire, 2002 : 154].

Savoir ou ne pas savoir, le flou est entretenu. D'ailleurs, le mensonge est parfois savamment orchestré pour maintenir cette opacité. Il appartient aux stratégies des directions qui cherchent à prévenir les conflits [Charrasse, Deshayes, 1988 : 171 ; Linhart et alii, 2004 : 17, 63-91] ou à apaiser les tensions, comme dans les Houillères du bassin de Lorraine : « Depuis de nombreuses années, l'objectif premier de l'entreprise n'est plus la production de charbon mais l'apaisement des tensions liées à la fermeture : on parle parfois de ''charbon social'' pour désigner cette nouvelle rationalité entrepreneuriale » [Roth, 1999 : 72].

À chaque établissement, son dispositif, ses manières de faire : accompagnement ou « désengagement programmé ». Mélanie Roustan, Jacqueline Eidelman et nous-même soulignons, dans notre contribution, que les agents du Musée national des Arts d'Afrique et d'Océanie se plaignent d'un manque de transparence de la part de leur tutelle, attitude institutionnelle qui accentue l'incertitude de l'avenir. Le personnel se retrouve ainsi en situation de fragilisation et donc, de précarité [Paugam, 2000] : il faut encore attendre, « attendre l'extrême pour voir la réalité en face » [Linhart et alii., 2004 : 77].

Vient le moment d'y croire, le temps de la préparation (des inventaires, des objets conservés ou jetés, des cartons), le temps des réactions et des actions parfois violentes, le temps de laisser les clés sous la porte, et plus tard encore celui de contempler la destruction des installations, comme celle des usines Renault sur l'Île Seguin, que le photographe Yann Maury a saisie et suivie (voir ses photographies dans ce numéro) ou celui d'agir pour l'édification d'un musée ; enfin, le temps du souvenir ou de l'oubli."

Vous pouvez lire la suite de l'introduction d'Anne Monjaret à ce numéro ici : Quand les lieux de travail ferment

Un article d'Olivier Bouba-Olga, économiste ici :
Les actionnaires sont-ils coupables ?

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3 Comments:

At 09 novembre, 2006 06:59, Anonymous Anonyme said...

Bonjour Marjorie, merci pour le lien sur I comme Icare...

Inutile de te dire que:
1/ je n'ai pas traîné pour le mettre en ligne, cela faisait longtemps que je connaissais l'existence de ce film, mais je ne l'ai jamais vu (il est très peu passé à la télé)

2/ évidemment, tu fais de même, si tu vois des documents, des liens ou autre chose, tu n'hésites pas, tu pilles, tu dupliques... nous savons trop bien que le savoir a des externalités positives pour ne pas limiter sa diffusion, non ?

3/ j'ai regardé et enregistré le zone interdite consacré aux délocalisations, pas inintéressant du tout. Il y a un point qui m'a interpellé: on s'aperçoit que les délocalisations peuvent aussi être contre-productives. Certes, le coût du travail est moins élevé, mais d'autres coûts apparaissent (coûts de transaction, de coordination...). L'excellent blog de Bouba-Olga est très clair à ce sujet. En plus, effectivement, on voit le drame social que cela représente pour le personnel peu qualifié.
Le problème est de pouvoir l'exploiter dans une séance: possibilité de faire un montage vidéo (le reportage est trop long en tant que tel)

Bonne continuation

 
At 11 novembre, 2006 10:01, Blogger N. Vincent-Duschet said...

Salut Christophe,

Moi c'est Nathalie. Pas de problème cependant je ne suis pas froissée de la méprise et j'espère que Marjorie, l'une de mes collègues préférées, que je salue au passage non plus...

Je fais tout de même un lien entre le terme de "piller" que tu emploies et l'oubli des personnes ;o)

Je n'exploite pas non plus les documents au-delà de 20' en classe, sauf exception et c'est bien pour cela qu'ils sont signalés sur SES-BANK à titre de complément éventuel.

Bon week-end.

 
At 11 novembre, 2006 11:53, Anonymous Anonyme said...

Oups, excuse moi pour cette erreur, je vous ai confondu toutes les deux, mais cela ne change rien évidemment à ce que je pense ;o)

bon week end pluvieux

 

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